Faites-vous partie d’une secte ?

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Cet éditorial du numéro 167 d’ “Alternatif bien-être” m’a beaucoup plu et je vous le partage ici.

Certaines personnes m’ont moi aussi déjà pris pour un hurluberlu lorsqu’il m’entende dire que je pratique le jeûne et qu’il m’est arrivé de ne ne rien manger durant 28 jours ou ne rien boire durant 7 jours (et ceci malgré le fait évident et visible d’une santé recouvrée) 🙂

La libre pensée ne plaît pas à l’économie et celle-ci active toutes ses capacités pour empêcher qu’elle se diffuse. je participe à mon (petit) niveau à sa propagation.

Bonne lecture et restez en forme,
Jeff

C’est passé relativement inaperçu, mais la réouverture confuse des écoles, en France, s’est accompagnée d’une offensive de l’État en bonne et due forme contre la santé naturelle au-près des plus jeunes. Des feuilles de route émanant du ministère de l’Éducation nationale et de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, ont été adressées aux directeurs d’établissement et aux enseignants.

L’objectif : protéger nos têtes blondes des « dérives sectaires » engendrées par la crise du Covid-19.Mais lorsque l’on regarde d’un peu plus près ces soi-disant « dérives sectaires » visées par ces circulaires, on comprend que le conditionnement de nos concitoyens commence tôt : « Hors de l’industrie pharmaceutique, point de salut » apprend-on à l’école ! Les « dérives sectaires » contre lesquelles le corps enseignant doit mettre en garde les écoliers de France et de Navarre sont en effet… les jus de légumes, la pratique du jeûne et les bains froids.

Et, plus généralement, tout régime, aliment ou nutriment susceptible de renforcer le système immunitaire, autant de pratiques nécessairement préconisées, pour reprendre les termes de cette circulaire, par des « pseudo-praticiens »1.

Cette qualification de « charlatanisme médical » des classiques de la santé naturelle nous vient donc de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, plus connue sous son diminutif : la Miviludes.
Comme l’écrit l’anthropologue de la santé Jean-Dominique Michel, la Miviludes, qui « s’intéresse aux pratiques de santé avec une inculture et une propension à la diabolisation robustes », est l’expression privilégiée de « l’habitude (de la France) de soupçonner a priori les pratiques thérapeutiques qui s’écartent de la vision matérialiste et médicale […]2 ».

La raison d’être de la Miviludes est, en soi, juste. Ses procédés – ces « mises en garde » en sont la nouvelle preuve – sont en revanche réducteurs et dangereux. Oui, sans doute, il existe quelques hurluberlus sur Internet qui prétendent qu’un jus de légumes permet de se protéger ou de guérir du Covid-19.

Mais ces messages, et ceux qui les propagent, sont l’exception, pas la règle. Or, avec sa démarche, la Miviludes et le ministère de l’Éducation créent une confusion, à mon avis volontaire, entre le charlatanisme et ces pratiques classiques de la santé naturelle. Un futur citoyen (et futur patient) biberonné à cette propagande ne peut qu’associer inconsciemment le jeûne et les jus de légumes à de dangereuses pratiques sectaires.

Les charlatans ne sont pas ceux qu’on croit, et ils hantent trop souvent les couloirs des ministères.

Rodolphe Bacquet, rédacteur en chef

www.alternatif-bien-etre.com

1.« Covid-19 et risques de dérives sectaires », Ministère de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, 4 mai 2020, disponible sur : https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Reprise_deconfinement_Mai2020/69/2/Fiche-Derives-sectaires_1280692.pdf

2. Michel JD, « Chamans, guérisseurs, médiums, les différentes voies de la guérison », Favre, Pocket, 2011, p. 115