E. Duquoc a testé le repas unique par jour

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Voici un article parut dans le mensuel “Alternatif bien-être” no 161 de février 2020, écrit par Emmanuel Duquoc. C’est une expérience très intéressante basée sur un livre de Yoshinori Nagumo, qui préconise de ne se nourrir qu’une fois par jour, laissant ainsi plus de 22 heures sur 24 au corps pour se régénérer.
Une fois encore, cette expérience prouve que l’on est en meilleure santé avec un peu moins bien plus qu’avec un peu trop…

Bonne lecture
Jeff

L’article de E. Duquoc:

Le jeûne, presque tout le monde en reconnaît désormais les bienfaits. Mais si, plutôt que de réserver cette pratique à des périodes privilégiées, nous pouvions en profiter tous les jours ? C’est le pari qu’a fait le médecin japonais Yoshinori Nagumo il y a quinze ans, lorsqu’il a décidé de ne manger qu’une seule fois par vingt-quatre heures. Aujourd’hui âgé de soixante ans, il en paraît presque vingt de moins ! Envieux, j’ai voulu tester sa méthode. Récit d’une expérience de bientôt six mois.

Le jour où j’ai vu pour la première fois les photos de Yoshinori Nagumo, j’ai été saisi. Le visage fin et lisse, le teint uni, les cheveux noirs et drus, le médecin japonais paraît être à l’aube de la quarantaine. Or, il a vingt ans de plus. Selon ses dires, le bistouri n’y est pour rien. Son secret ? Une forme de jeûne intermittent auquel il s’astreint depuis l’âge de quarante-cinq ans. Après avoir testé différentes formes de restriction ca­lorique tout en maintenant le rythme de trois repas par jour, il a trouvé son régime idéal : un repas unique, en début de soirée, au retour du travail. Un rythme compatible avec la vie sociale japonaise. Ensuite, il s’en­dort paisiblement vers 22 h pour se lever aux aurores et reprendre son travail dès 7 h 30 du matin. Le reste du temps, le médecin boit de l’eau, rien que de l’eau, évitant thé et café. Autrefois affligé de troubles digestifs, d’arythmie cardiaque et de surpoids, il a retrouvé sa forme et ses mensurations de jeune homme. Depuis, il continue, sûr des multiples bienfaits de cette diète radicale.

Yoshinori Nagumo en est certain, la faim active certains gènes favorables à la santé. « Quand votre estomac gar­gouille de faim, il se passe des choses merveilleuses dans votre organisme. L’effet est rajeunissant ! » De fait, si l’on concentre ses apports caloriques sur un seul repas, on augmente sensible­ment le temps où l’estomac est vide. Et pendant ce temps, des citrines, une catégorie d’enzymes régulant l’activité métabolique, se mobilisent, exerçant un contrôle sur la longé­vité… Avec des effets visibles sur la qualité de la peau, des cheveux et de la silhouette. Hors chirurgie esthé­tique, le docteur anti-âge estime que « la jeunesse et la beauté sont les ma­nifestations extérieures d’une bonne santé intérieure ».

« Les organismes affamés vivent plus longtemps »

J’ose le dire, même si je phi­losophe volontiers au sujet des vertus de la maturité : je rêve de préserver mon galbe, mon teint frais et l’épaisseur de ma tignasse… En quelques clics fébriles sur Internet, me voilà à visionner des vidéos où le Dorian Gray aux yeux bridés, cou­teau à la main, explique quelques astuces culinaires de longévité. C’est vrai qu’il paraît nettement plus jeune que son âge ! Un point commun notable avec le professeur Valter Longo, ce gérontologue et biologiste adepte de la cuisine saine, qui a étudié la restriction calorique sur des souris de laboratoire avant d’introduire le jeûne en cancérolo­gie pour aider les patients à mieux supporter la chimiothérapie. « Les organismes affamés vivent plus long­temps », affirme ce quinquagénaire au visage lisse et à la chevelure noire et luxuriante. Mais revenons à la physionomie du docteur Nagumo. Il est mince, vraiment très mince ! Difficile d’imaginer qu’il a souffert de surpoids. Pour moi qui suis déjà très léger, c’est presque un contre-ar­gument. Un tel mode de vie est-il adapté à tous ? Il me faut en savoir plus. Cela tombe bien, les éditions Guy Trédaniel s’apprêtent à publier le livre : Pratiquer le jeûne selon la mé­thode Nagumo. En insistant un peu, je parviens à obtenir en avant-pre­mière la toute fraîche traduction de l’ouvrage, pas encore imprimé. Je le dévore en diagonale… Et découvre que ce mode alimentaire, s’il vient à bout d’un surpoids, n’est pas recom­mandé aux personnes déjà minces. Dans ce cas, passer à deux repas par jour est suffisant. Deux repas par jour, c’est déjà ce que je pratique de­puis que je me suis laissé inspirer par cette formule de Nassim Nicholas Taleb, l’inventeur de l’antifragilité : « Aucun animal ne mange avant d’avoir chassé. » Peut-être les hommes ga­gneraient-ils à se comporter comme des animaux ? Pour ma part, j’ai remarqué que l’application de ce principe préhistorique m’assure une énergie matinale bien plus durable que les copieux petits déjeuners que je m’infligeais avant… Aussi, quand je lis que mon indice de masse cor­porelle n’est pas propice à la mise en oeuvre de ce régime révolutionnaire, l’incorrigible expérimentateur que je suis est quelque peu déçu…

À l’encontre de tous les principes diététiques connus

Malgré tout, un élément me sug­gère que je pourrais quand même essayer : le passage de trois à deux repas par jour ne m’a pas fait perdre un gramme. J’ai simplement concentré mes apports caloriques sur un temps plus court. Et s’il se passait la même chose avec le repas unique ? Et puis, si une méthode per­met d’améliorer la santé, mon devoir est de la vérifier avant de la faire connaître. Mon sens de la mission autant que ma curiosité achèvent de me décider.

Pour commencer, je réalise des analyses de sang. De ce côté, rien à signaler. Ensuite, je m’engage à surveiller mon poids et me fixe une li­mite basse au-dessous de laquelle je reprendrai ma routine précédente. Ces précautions prises, je lis plus en détail le livre de Yoshinori Nagumo. Outre un repas unique par jour le soir, à l’encontre de tous les principes diététiques connus, la diète Nagumo consiste à manger des aliments les moins transformés possible, c’est-à-dire entiers. Si l’on mange des radis, on est invité à les consommer non pelés, avec fanes et racines. Idem pour les carottes, dont les feuilles fe­ront d’excellentes soupes. La viande, le docteur l’a abandonnée et pré­fère les poissons, qu’il préconise de choisir de petite taille pour pouvoir les manger entiers, tête et arêtes comprises !

Côté boisson, j’ai un peu de mal à saisir la logique du pape de l’anti-âge japo­nais quand il part en guerre contre le café et le thé, soupçonnés d’être des excitants sans intérêt nutritionnel, en opposition avec plusieurs études épidémiologiques, et qu’il préconise de se contenter d’eau tout au long de la journée. Adieu donc, chocolat, thé, café et autres tisanes réconfortantes. Ce sera une soupe, un plat et au lit ! De l’eau pour toute nourriture de 21 heures à 18 heures le lendemain ? Franchement, de tels principes me paraissent excessivement drastiques et je me dis que j’y porterai proba­blement quelques aménagements. Enquêtant plus avant, j’apprends que le docteur Nagumo n’est pas le seul à préconiser ce type de jeûne inter­mittent. Aux États-Unis, le OMAD (One meal a day – un plat par jour) fait fureur et donne lieu à une abon­dante littérature. Parmi les icônes de ce mode de vie, Ori Hofmekler, un ancien militaire israélien, a lancé la warrior diet (le « régime du guer­rier »), une méthode inspirée du mode de vie des tribus nomades, des chasseurs-cueilleurs, guerriers grecs et autres soldats romains… Le régime du guerrier est moins spar­tiate que le régime Nagumo. Lors de la phase quotidienne de jeûne, on peut s’autoriser de petites quantités d’aliments vivants et digestes comme les fruits et les légumes, en attendant le copieux repas du soir. Croisant les avis des deux experts, je me dis que je trouverai probablement ma vérité quelque part entre les deux.

Que mon unique repas soit une fête

C’est décidé : demain, 22 juin, je commence ! Je surveille­rai quotidiennement mon poids, testerai mon tonus musculaire en pratiquant quelques pompes quo­tidiennes. Côté cuisine, je ferai en sorte que mon unique repas soit une fête, un assortiment d’aliments sa­voureux et de haute qualité préparés avec art et dégustés dans une am­biance de joie et d’harmonie.

Jour 1 : Pour inaugurer mon nouveau mode de vie, j’opte pour une salade de mâche parsemée de noix assaisonnée d’une vinaigrette au citron, suivie d’une savoureuse ratatouille maison bio, accompa­gnée d’une aile de raie poêlée au romarin et à la sarriette. Je n’ai pas lésiné sur la qualité des graisses. Huile de cameline biologique, huile d’olive crétoise et quelques gouttes de précieuse huile d’argan – hors de prix – agrémentent mon menu. Après avoir rongé mon frein depuis la mi-journée, je n’ai pas pu attendre au-delà de 18 h pour commencer mon festin. Dès midi, mon estomac a réclamé son dû par des gargouillis et quelques sensations douloureuses assorties d’une haleine peu sociale. Mais j’ai tenu bon et c’est avec un plaisir sans mélange que je passe à table. Pour dessert, je m’offre une solide portion d’amandes trempées depuis la veille dans un bol d’eau salée au gros sel naturel. Et je finis mon repas rassasié, presque rempli. Je crois que j’ai un peu trop mangé, probablement par anticipation du jeûne qui m’attend demain. Je me rassure en me disant que je pour­rai toujours m’offrir un mini-repas comme le propose la warrior diet si je ne tiens pas le coup.

Jour 2 : J’ai bien dormi et j’ai envie de manger ! Mon esprit me joue des tours. Animé par un sens élevé de ma mission, je me retiens et fuis la cuisine comme un ivrogne repentant le bistrot dcoin. À midi, mon ventre crie famine, mais je n’ai pas ressenti la moindre faiblesse de la matinée. Au contraire, je suis excité et mon envie de manger est montée d’un cran. Normal, en cas de pénurie, le lobe antérieur de l’hypophyse se réveille et sécrète des hormones qui aug­mentent la vigilance et l’agressivité afin de nous permettre de trouver de la nourriture rapidement. Quant à moi, il me faut canaliser mon énergie d’animal affamé en pratiquant des exercices réguliers. Sinon, je ne peux demeurer concentré. Des moments de faiblesse, comme au cours d’un jeûne

Jour 3 : Réveil en pleine forme, plus matinal que d’ha­bitude. Je saute sur la balance. En deux jours, j’ai déjà perdu 2 kg ! Un voyant rouge qu’il me faudra sur­veiller. À midi, nouveaux gargouillis d’estomac, haleine lourde et excita­tion que je dois vider en pratiquant des pompes avec frénésie. À 15 h, je ne tiens plus en place et m’auto­rise une poignée de myrtilles et de groseilles. Conséquence, j’ai encore plus faim ! Des petits fruits, je passe aux amandes décortiquées, que je déguste aussi avidement que vo­luptueusement. J’ai craqué. Je me rassure en me disant que je suis passé au régime du guerrier. Le soir venu, tout naturellement, je mange moins. Ouf ! Demain, promis, je m’en tiendrai rigoureusement à la diète Nagumo.

Jour 4 : Comme chaque matin, de­puis le début de mon expérience, je me réveille l’esprit particulièrement alerte. C’est l’effet le plus notable de ce style alimentaire. En revanche, côté physique, j’ai des moments de faiblesse, comme au cours d’un jeûne. Ce jour-là, je tiens la barre. Comme je suis seul, je dévore un copieux repas de légumes et de poissons généreusement arrosé de citron et d’huile crétoise dès 17 h 30, soit trente minutes après m’être régalé d’une poignée de petits fruits rouges et noirs. Ensuite, une bonne quantité d’amandes décortiquées m’assure un apport calorique suffisant pour les prochaines vingt-quatre heures.

Jour 6 : Mon poids s’est maintenu à 2 kg en dessous du point de départ. Je ne maigris plus… En revanche, j’ai encore des accès de somnolence ou de faiblesse. Les gargouillis de midi ont cessé, mais j’ai toujours l’ha­leine chargée à l’heure habituelle de mon déjeuner. Et puis, j’ai quelques nausées. Autant de symptômes sem­blables à ceux d’un début de jeûne.

Jour 7 : Déjà une semaine de jeûne intermittent et mon humeur est tou­jours aussi bonne. Mon niveau de vigilance en journée et ma capacité de concentration, en dehors de brefs moments de fatigue, sont d’un niveau constant. C’est d’une grande aide pour mon activité professionnelle. Mais pourrais-je en dire autant si j’étais manutentionnaire ou maçon ? Ori Hofmekler affirme que oui… Les deux semaines suivantes sont émaillées de plusieurs instants de fatigue intense et de nausées. Cependant, mon poids constant, ma stabilité émotionnelle et ma vigi­lance intacte m’incitent à persister. Je verrai…

Jour 21 : Victoire ! Depuis plu­sieurs jours, mon estomac n’a plus gargouillé à midi. Mon haleine est redevenue socialement correcte et je n’ai plus eu ni nausées, ni accès de faiblesse. Je décide de m’inscrire dans la durée. Me nourrir de cette façon ne représente plus d’effort. C’est simplement facile et agréable de ne plus me préoccuper de la nour­riture au cours de la journée et d’être tout entier à mes activités. Les jours et les semaines qui suivent me confirmeront que je vais bien et que j’ai dépassé la phase d’adapta­tion. Je ne trouve que des avantages à cette diète : humeur égale, niveau d’énergie constant jusqu’au cou­cher, concentration optimale. J’ai retrouvé ma force et mon endurance d’avant. Du coup, j’en ai oublié de me peser. Or, une surprise m’attend sur la balance. Mon poids a amorcé une courbe ascendante. Et pourtant, j’ai l’impression de manger moins qu’avant. Il est vrai que je m’accorde, de temps à autre, un deuxième petit repas dans la journée, soit parce que j’en ai envie, soit par convention sociale. De manière surprenante, je suis toujours plus fatigué le len­demain que si je me contente d’un repas unique.

Plus de temps, de liberté, d’énergie, de concentration, d’efficacité…

La rentrée de septembre se profile, avec sa frénésie, ses embouteillages et ses matins frais. Sauf qu’il n’y aura pas de matin frais avant octobre. J’appréhende les pre­miers froids. Pourrais-je continuer ce régime quand la bise sera venue ? À l’approche de la Toussaint, au cours d’une première matinée fraîche, une envie de manger avant l’heure me reprend. Je m’autorise un en-cas avec salade et fruits à coques. Au bout de deux jours, j’ai la sensation d’avoir grossi. La balance confirme : plus 500 g en deux jours ! Je pèse plus lourd qu’avant le début de mon aventure. Je n’ai pourtant pas mangé tant que cela ! Et pourtant, je me suis subitement enrobé, comme si toutes mes graisses corporelles s’étaient donné rendez-vous à la périphé­rie de mon corps ! D’ailleurs, je supporte déjà mieux la fraîcheur. Jamais je n’avais constaté une si rapide adaptation… Au bout de deux jours, mes fringales se dissipent et je retourne confor­tablement à ma routine de repas unique…

Vient le mois de novembre avec ses pluies, ses jours sombres et ses frimas. C’est l’heure du bilan. Une nouvelle prise de sang ne révèle pas de changement. Au moment où j’écris, je suis passé depuis trois semaines à un repas unique à midi. C’était simplement plus facile pour moi en raison d’invita­tions chez des amis. Opérer cette transition n’a pas représenté de difficulté et je pourrai tout aussi facilement repasser à un repas le soir en fonction des obligations sociales. Il me suffira de prendre un en-cas au lieu d’un vrai repas à midi et de patienter jusqu’à 18h. Je l’ai déjà fait plusieurs fois au cours de l’été, sans désagrément.

Par curiosité, je regarde sur Internet les avis que suscite mon régime. Il y a d’un côté les adeptes et, de l’autre, les experts officiels. Les premiers n’y voient que des avantages : plus de temps, de liber­té, d’énergie, de concentration, d’efficacité, d’endurance et de joie de vivre, moins d’addictions, d’en­vies de sucre, de yoyo pondéral, de sautes d’humeur et autres fluc­tuations mentales ou physiques. Les seconds alertent le public sur les risques de déséquilibre nutri­tionnel, de fringales irrépressibles et de désocialisation.

Pour ma part, je fais partie des premiers. Côté social, j’ai gagné en souplesse et en disponibilité pour répondre à des sollicitations à n’importe quel moment de la journée et je ne me suis pas privé de festoyer avec des amis, une seule fois par jour il est vrai… Et puis, quelle liberté de ne plus penser à la nourriture le plus clair de mon temps et de me consacrer à mon travail et à mes activités favorites ! Je crois bien que je vais continuer…

Un détail, tout de même. Sans le savoir, j’avais préalablement adopté d’instinct une alimen­tation de type cétogène ou paléolithique : des légumes verts, de petites quantités de fruits, des fruits à coque, du poisson et des huiles de haute qualité, en quan­tités généreuses. C’est tout. Le reste, sucres, laitages, pommes de terre, légumineuses, céréales complètes ou non, je les avais écartés. Cela m’était venu comme ça, juste en observant mon niveau d’énergie et d’enthousiasme après chaque repas.

Par hasard, j’ai découvert un jour que j’étais en état de cétose nutritionnelle à l’aide d’un test urinaire. Autrement dit, je car­bure au gras… Mon foie produit, à partir des graisses, des cétones qui remplacent les glucides que je ne mange pas. L’avantage ? Un apport calorique suffisant pour vingt-quatre heures pour un petit volume d’aliments. Ainsi, pas la peine de me remplir pour tenir. Ce mode alimentaire apparaît donc hautement compatible avec les conseils de Yoshinori Nagumo, lequel ne se prive pas de prévenir ses lecteurs quant aux dangers des glucides en excès. Lui-même ne consomme plus de céréales et se contente, comme source de glu­cides, de légumes et de haricots…

Alors, le repas unique est-il pour vous ? Pour le savoir, il vous faut l’essayer, en commençant par sauter le petit déjeuner.

Emmanuel Duquoc